La comédienne, qui avait débuté dans les années 1990 en jouant pour des réalisateurs comme Alexandre Arcady ou Claude Lelouch, était plongée dans le coma après avoir été retrouvée inconsciente, dimanche, au fond d’une piscine, à Paris.
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Nadia Fares
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Re: Nadia Fares
Nadia Fares est partie bien trop tôt.
Il y a des visages qui traversent les écrans comme des paraboles. Celui de Nadia Farès appartient à cette lignée rare : une présence charnelle, presque biblique, qui ne joue pas mais incarne, brûle, laisse une trace.
Dans Les Démons de Jésus de Bernie Bonvoisin sorti en salle en 1997, elle surgissait comme une apparition dans une France de fin des années 60, encore engluée dans ses marges et ses silences.
Une fresque populaire, rugueuse, où les banlieues n’étaient pas encore des mots-valises mais des territoires vécus , traversés par les lignes de fuite d’une immigration invisible, celle des gens du voyage, plus particulièrement les manouches, assignés à l’errance même lorsqu’ils se sédentarisent.
Pour moi, c’est dejà Montreuil en arrière-plan. Non pas comme décor mais comme évangile urbain… Une terre de relégation à l’époque devenue terre de récit. Et puis ces ghettos abandonnés, au sud de Paris, comme la fameuse cité de la joie comme on la nommait pour ceux qui y ont grandi.
Farès, dans ce paysage cinématographique , n’était pas simplement un personnage. Elle était une figure. Une Marie-Madeleine des périphéries, à la fois ancrée et insaisissable comme l’a voulu le réalisateur.
Dans ce film hanté par la violence sociale et les filiations cabossées du quotidien, elle apportait une forme de grâce paradoxale : une lumière basse, fragile, qui résistait à l’obscurité des destins écrits d’avance.
Il y avait chez elle quelque chose de la geste christique mais Evidemment déplacée : non pas le salut, mais la survie. Non pas le miracle mais l’obstination et la résilience. Comme ces figures bibliques qui traversent les récits sans jamais être au centre mais sans lesquelles rien ne tient. Une présence qui ne prêche pas mais qui révèle cette parcelle de projection de vie en chacun.
Les manouches des banlieues, dans le film, ne sont pas folklorisés. Ils sont là, à la lisière, comme toujours : tolérés, rejetés, absorbés sans jamais être reconnus. Farès, elle, fait le pont. Elle donne chair à cette frontière floue entre l’intégration et l’effacement. Elle est de ceux et celles qui habitent les marges sans jamais s’y résigner.
Sa disparition résonne comme une absence dans ce récit collectif que le cinéma français peine encore à écrire. Car au fond, ce que portait Nadia Farès, c’était une certaine idée du réel : brut, métissé, indocile.
Une actrice comme une parole, rare et précieuse, et désormais orpheline.
Et dans ce vieux film (pour nos jeunes) où les démons avaient déjà le goût de notre présent.
Elle reste, quelque part, debout. Comme une figure personnifiée dans le cinéma, qui veille.
Il y a des visages qui traversent les écrans comme des paraboles. Celui de Nadia Farès appartient à cette lignée rare : une présence charnelle, presque biblique, qui ne joue pas mais incarne, brûle, laisse une trace.
Dans Les Démons de Jésus de Bernie Bonvoisin sorti en salle en 1997, elle surgissait comme une apparition dans une France de fin des années 60, encore engluée dans ses marges et ses silences.
Une fresque populaire, rugueuse, où les banlieues n’étaient pas encore des mots-valises mais des territoires vécus , traversés par les lignes de fuite d’une immigration invisible, celle des gens du voyage, plus particulièrement les manouches, assignés à l’errance même lorsqu’ils se sédentarisent.
Pour moi, c’est dejà Montreuil en arrière-plan. Non pas comme décor mais comme évangile urbain… Une terre de relégation à l’époque devenue terre de récit. Et puis ces ghettos abandonnés, au sud de Paris, comme la fameuse cité de la joie comme on la nommait pour ceux qui y ont grandi.
Farès, dans ce paysage cinématographique , n’était pas simplement un personnage. Elle était une figure. Une Marie-Madeleine des périphéries, à la fois ancrée et insaisissable comme l’a voulu le réalisateur.
Dans ce film hanté par la violence sociale et les filiations cabossées du quotidien, elle apportait une forme de grâce paradoxale : une lumière basse, fragile, qui résistait à l’obscurité des destins écrits d’avance.
Il y avait chez elle quelque chose de la geste christique mais Evidemment déplacée : non pas le salut, mais la survie. Non pas le miracle mais l’obstination et la résilience. Comme ces figures bibliques qui traversent les récits sans jamais être au centre mais sans lesquelles rien ne tient. Une présence qui ne prêche pas mais qui révèle cette parcelle de projection de vie en chacun.
Les manouches des banlieues, dans le film, ne sont pas folklorisés. Ils sont là, à la lisière, comme toujours : tolérés, rejetés, absorbés sans jamais être reconnus. Farès, elle, fait le pont. Elle donne chair à cette frontière floue entre l’intégration et l’effacement. Elle est de ceux et celles qui habitent les marges sans jamais s’y résigner.
Sa disparition résonne comme une absence dans ce récit collectif que le cinéma français peine encore à écrire. Car au fond, ce que portait Nadia Farès, c’était une certaine idée du réel : brut, métissé, indocile.
Une actrice comme une parole, rare et précieuse, et désormais orpheline.
Et dans ce vieux film (pour nos jeunes) où les démons avaient déjà le goût de notre présent.
Elle reste, quelque part, debout. Comme une figure personnifiée dans le cinéma, qui veille.
Vieillir c'est quand on dit « Tu » à tout le monde et que tout le monde vous dit « Vous ».
Marcel Pagnol
Marcel Pagnol