Quand le RN offre une scène à un homme condamné pour crimes sur mineures
Deux mairies du Pas-de-Calais dirigées par le Rassemblement national ont décidé de programmer des concerts de Jean-Luc Lahaye, chanteur de variétés des années 1980, condamné à deux reprises pour des faits de nature sexuelle sur des mineures et toujours mis en examen pour viol et agression sexuelle. Une décision qui provoque une vague d'indignation dans le monde féministe et au sein de l'opposition locale, et qui révèle, une nouvelle fois, la réalité concrète de ce que le RN fait du pouvoir municipal.
Le premier concert est annoncé le 29 mai prochain au Théâtre de l'Escapade, à Hénin-Beaumont, la ville-vitrine de Steeve Briois, l'un des plus fidèles lieutenants de Marine Le Pen. Le second est prévu pour le 14 juillet à Billy-Montigny, commune voisine elle aussi passée sous pavillon RN lors des élections municipales de mars 2026, avec à sa tête le maire Yanis Gaudillat. Les deux villes ont annoncé les événements sur leurs réseaux sociaux sans le moindre état d'âme.
Ce n'est pas un hasard. Ce n'est pas une erreur de casting. C'est un choix.
Jean-Luc Lahaye, 73 ans, a été condamné en janvier 2007 à 10 000 euros d'amende pour atteinte sexuelle sur une mineure de moins de 15 ans. Il a été condamné une deuxième fois en mai 2015 à un an de prison avec sursis pour corruption de mineure aggravée, pour avoir contraint une adolescente de 14 ans à des jeux sexuels par webcam interposée. Depuis novembre 2021, il est mis en examen à Paris pour viol et agression sexuelle sur deux adolescentes, nées en 1998 et 2000, pour des faits qui auraient débuté en 2013 alors qu'elles avaient 15 et 16 ans. L'une d'elles avait raconté sur antenne avoir subi des agressions dans les loges du chanteur. Entre 2021 et mars 2025, il a été soumis à une interdiction judiciaire de toute représentation publique et de tout contact avec des mineurs, mesure confirmée par la cour d'appel de Paris en octobre 2022. Cette interdiction n'a été levée que le 6 mars 2025. Le dossier d'instruction est toujours ouvert. Il est présumé innocent dans cette affaire, mais son passé judiciaire, lui, est acté.
La question n'est donc pas celle de la présomption d'innocence. Elle est celle du signal envoyé par des élus de la République qui choisissent, en connaissance de cause, de mettre sur scène un homme dont le casier judiciaire comporte deux condamnations pour faits sexuels sur mineures.
Ce n'est d'ailleurs pas la première fois. En 2016, la mairie de Steeve Briois avait déjà invité Lahaye pour la fête nationale, moins d'un an après sa condamnation de 2015. On croyait à une maladresse. On comprend aujourd'hui que c'est une ligne.
Marine Le Pen, elle-même, avait été filmée en novembre 2025 en train de chanter à pleins poumons "Femme que j'aime" de Jean-Luc Lahaye lors d'une soirée pour les seniors d'Hénin-Beaumont. Quand la présidente du groupe RN à l'Assemblée nationale a été interrogée sur la polémique du concert prévu à Billy-Montigny, sa réponse a été limpide : "Moi je suis pour la présomption d'innocence." L'argument de la présomption d'innocence, ce bouclier sorti à la demande dès qu'il s'agit de protéger un homme de pouvoir ou de notoriété, devient soudainement inopérant lorsqu'il s'agit de défendre des femmes qui portent plainte. Le deux poids deux mesures est érigé en principe de gouvernement.
Du côté des associations féministes, la réponse est claire et immédiate. Le collectif Nous Toutes dénonce sur Instagram la complaisance des élus du Rassemblement national envers des personnalités mises en cause et condamnées dans des affaires de pédophilie, qualifiant ce choix de violence symbolique pour les victimes de violences sexistes et sexuelles. Nahilé, membre du bureau médias du collectif, est directe : ce concert est un choix honteux, scandaleux, inacceptable, et une preuve supplémentaire que l'extrême droite n'est pas pour la défense des victimes ou pour la sécurité, et qu'ils ne s'intéressent à ces sujets que pour les récupérer politiquement. Nous Toutes avait déjà contribué à la déprogrammation d'un concert de Lahaye dans les Bouches-du-Rhône en 2025. Le collectif demande à nouveau l'annulation pure et simple de ces deux dates.
À Hénin-Beaumont, des militantes féministes prévoient un rassemblement devant le Théâtre de l'Escapade le soir du concert. Amy Bah, conseillère déléguée aux droits des enfants à Lille et membre de l'Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique, résume ce que beaucoup pensent tout bas : le RN et la droite instrumentalisent les violences faites aux enfants quand ça les arrange, mais ce genre d'événements est très
symptomatique et révélateur de la réalité de leurs positions.
Dans l'opposition municipale, Inès Taourit, cheffe de file PS au conseil d'Hénin-Beaumont, dénonce une décision très politique d'une mairie qui avait pourtant affiché sa volonté de dépolitiser l'Escapade. Elle rappelle qu'une mairie choisit sa programmation comme elle choisit ses messages. Elle compte interpeller la majorité lors du prochain conseil municipal, en juillet. Mais le concert sera passé. À Billy-Montigny, l'ancien maire communiste Bruno Troni qualifie la venue du chanteur de honte, pointant son parcours judiciaire.
Ce bassin minier a longtemps voté à gauche. Il a choisi, parfois par désespoir, parfois par colère, de confier ses mairies au RN. Ce que ces mairies font de ce mandat de confiance, c'est offrir une scène à un homme condamné deux fois pour des faits sexuels sur des filles mineures, et appeler ça de la culture.
Les femmes de ce territoire méritent mieux que ça. Beaucoup mieux.
Quand le RN offre une scène à un homme condamné pour crimes sur mineures
Modérateur : Betatest
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