On va revenir sur cette Coupe du monde de la France, ou plutôt sur la manière dont elle a été racontée.
En 90 minutes, lors d'une demi-finale, donc dans le dernier carré mondial, cette équipe est passée du statut de « meilleure équipe de France de tous les temps » à celui de « pire équipe de France de tous les temps ».
Dans les deux cas, il n'y a quasiment aucun recul. Seulement des réactions émotionnelles.
Mbappé est passé de leader incontestable, dont toutes les critiques avaient disparu, à responsable de tous les maux. Dembélé est passé de « Ballon d'Or en carton » après les premiers matchs à futur double Ballon d'Or 2026, avant qu'on en arrive presque à demander qu'on lui retire cette distinction après une seule rencontre. Olise est passé du génie à joueur de district. Deschamps est passé du meilleur sélectionneur du monde, qu'il fallait absolument prolonger, à DD qu'il faudrait jeter avec l'eau du bain.
Cette incapacité à garder de la mesure est inquiétante. Aujourd'hui, l'émotion remplace trop souvent l'analyse.
Pourtant, jusqu'à cette demi-finale, il n'y avait pas grand-chose à reprocher aux Bleus. Même lorsque le contenu était imparfait, l'équipe trouvait toujours des solutions : un titulaire qui élevait son niveau, un remplacement inspiré, une force collective, un état d'esprit de compétiteurs. C'est aussi cela, une grande équipe : savoir gagner sans toujours dominer.
Puis arrive l'Espagne.
En quelques minutes, toutes les certitudes volent en éclats. Rabiot est averti dès la 8e minute. On sent immédiatement Deschamps préoccupé ; son attitude n'est pas celle des grands soirs. À la 22e minute, la France concède un penalty à la suite d'une erreur défensive. À la 29e, Saliba sort sur blessure. L'équipe est dominée dans presque tous les secteurs du jeu.
À la mi-temps, Deschamps choisit de remplacer Rabiot. Son carton jaune a manifestement pesé dans la décision. Ce choix peut se comprendre si l'on craint une expulsion, mais il prive aussi l'équipe de son principal impact dans les duels. Dans le même temps, Tchouaméni, diminué physiquement, reste sur le terrain. Le milieu espagnol n'a alors plus qu'à dérouler son football, presque en pantoufles.
À partir de là, tout le collectif se dérègle. Les automatismes disparaissent, les leaders doutent, les remplacements n'ont plus le même effet et l'Espagne prend le contrôle du match.
Mais est-ce que cette demi-finale efface tout ce qui a été fait auparavant ? Évidemment non.
Une grande équipe peut passer complètement à côté d'un match. Cela est arrivé à toutes les grandes sélections de l'histoire. Ce qui est inquiétant, ce n'est pas la défaite en elle-même ; c'est cette défaite sans véritable révolte, sans cette capacité à inverser la dynamique comme les Bleus l'avaient fait jusque-là dans la compétition.
Ce qui est encore plus inquiétant, c'est notre incapacité collective à accepter qu'une équipe puisse être excellente sans être parfaite, et qu'un seul match ne transforme ni des champions en imposteurs, ni des joueurs de classe mondiale en joueurs médiocres.
Le football mérite mieux que des jugements dictés par 90 minutes d'émotion.
Maintenant, il reste un match. Une médaille de bronze n'effacera pas la déception d'une demi-finale perdue, mais elle permettrait de terminer cette Coupe du monde sur une victoire et de rappeler qu'une équipe ne se résume jamais à ses 90 pires minutes.
Allez les Bleus. Go décrocher cette troisième place.