Transformer l’éloignement d’un enfant en aventure colorée
Posté : 28 juin 2026, 07:41
Transformer l’éloignement d’un enfant en aventure colorée n’est pas de la pédagogie.
C’est une faute.
Depuis plusieurs jours, le Délégué général aux droits de l’enfant est interpellé au sujet du livret publié par l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex, the European Border and Coast Guard Agency), intitulé "Mon guide sur le retour – Version destinée aux enfants".
Ce document prétend préparer les enfants à ce que Frontex appelle le “retour”. En réalité, il transforme une situation potentiellement brutale, douloureuse et traumatique en récit coloré, ludique et faussement rassurant.
Bien entendu, les enfants concernés par une décision de retour ont droit à une information. Ils ont droit à des explications adaptées à leur âge. Ils ont droit à ce que des adultes capables de leur dire ce qui se passe, répondent à leurs questions et entendent leur peur, leur colère, leur tristesse ou leur incompréhension.
Mais informer un enfant, ce n’est pas maquiller la réalité. Ce n’est pas transformer une rupture brutale en aventure. Ce n’est pas lui parler de "nouveaux amis sympathiques" et de "nouveaux bonbons!" quand il risque de perdre son école, ses amis, sa maison, ses repères, parfois le seul pays où il a réellement construit sa vie.
Le problème de ce livret n’est pas une simple maladresse de ton.
Il est beaucoup plus profond.
Dès les premières pages, le livret explique à l’enfant qu’il doit "déménager pour aller vivre dans le pays d’origine de sa famille". Il parle d’une "nouvelle maison". Il indique que l’enfant et sa famille n’ont "plus la possibilité de rester et de vivre ici". Il propose même à l’enfant de jouer à deviner la couleur du gilet qui sera porté par les personnes chargées de l’escorter.
À chaque étape, les mots choisis neutralisent la violence possible de la situation.
L’éloignement devient un déménagement.
L’enfermement possible devient un séjour dans un bâtiment.
La contrainte devient un accompagnement.
L’agent d’escorte devient un repère rassurant.
L’arrachement devient une nouveauté excitante.
Ce ne sont pas des détails. Ce sont des choix politiques, institutionnels et symboliques.
Le livret ne montre jamais la violence possible de l’éloignement. Il la recouvre par une imagerie douce, colorée et rassurante : avion, globe, valises, familles, enfants qui jouent, scènes d’aéroport, accompagnateurs en gilet, promesse de nouvelle école, de nouveaux amis et de nouveaux bonbons.
C’est précisément ce décalage entre la réalité potentiellement traumatique d’une procédure de retour et sa mise en scène ludique qui pose problème.
L’enfant n’est pas un public cible à convaincre du bien-fondé de la mesure de retour pour que la procédure se déroule plus facilement. Un enfant, c’est un sujet de droits.
La vraie question n’est donc pas : "Comment rendre cette décision plus acceptable pour l’enfant ?". La vraie question est : "Cette décision, et la manière dont elle est mise en œuvre, respectent-elles réellement les droits de l’enfant ?".
Ce livret échoue précisément à cet endroit.
Ce qui se joue ici dépasse donc un support de communication raté. Ce qui se joue, c’est la manière dont l’Europe parle aux enfants lorsqu’elle organise leur éloignement. Et la manière dont une institution parle aux enfants dit beaucoup de ce qu’elle accepte de leur faire subir.
Le Délégué général aux droits de l’enfant dénonce fermement cette approche. Ce livret est une aberration. Nous demandons son retrait immédiat dans sa forme actuelle.
C’est une faute.
Depuis plusieurs jours, le Délégué général aux droits de l’enfant est interpellé au sujet du livret publié par l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex, the European Border and Coast Guard Agency), intitulé "Mon guide sur le retour – Version destinée aux enfants".
Ce document prétend préparer les enfants à ce que Frontex appelle le “retour”. En réalité, il transforme une situation potentiellement brutale, douloureuse et traumatique en récit coloré, ludique et faussement rassurant.
Bien entendu, les enfants concernés par une décision de retour ont droit à une information. Ils ont droit à des explications adaptées à leur âge. Ils ont droit à ce que des adultes capables de leur dire ce qui se passe, répondent à leurs questions et entendent leur peur, leur colère, leur tristesse ou leur incompréhension.
Mais informer un enfant, ce n’est pas maquiller la réalité. Ce n’est pas transformer une rupture brutale en aventure. Ce n’est pas lui parler de "nouveaux amis sympathiques" et de "nouveaux bonbons!" quand il risque de perdre son école, ses amis, sa maison, ses repères, parfois le seul pays où il a réellement construit sa vie.
Le problème de ce livret n’est pas une simple maladresse de ton.
Il est beaucoup plus profond.
Dès les premières pages, le livret explique à l’enfant qu’il doit "déménager pour aller vivre dans le pays d’origine de sa famille". Il parle d’une "nouvelle maison". Il indique que l’enfant et sa famille n’ont "plus la possibilité de rester et de vivre ici". Il propose même à l’enfant de jouer à deviner la couleur du gilet qui sera porté par les personnes chargées de l’escorter.
À chaque étape, les mots choisis neutralisent la violence possible de la situation.
Ce ne sont pas des détails. Ce sont des choix politiques, institutionnels et symboliques.
Le livret ne montre jamais la violence possible de l’éloignement. Il la recouvre par une imagerie douce, colorée et rassurante : avion, globe, valises, familles, enfants qui jouent, scènes d’aéroport, accompagnateurs en gilet, promesse de nouvelle école, de nouveaux amis et de nouveaux bonbons.
C’est précisément ce décalage entre la réalité potentiellement traumatique d’une procédure de retour et sa mise en scène ludique qui pose problème.
L’enfant n’est pas un public cible à convaincre du bien-fondé de la mesure de retour pour que la procédure se déroule plus facilement. Un enfant, c’est un sujet de droits.
La vraie question n’est donc pas : "Comment rendre cette décision plus acceptable pour l’enfant ?". La vraie question est : "Cette décision, et la manière dont elle est mise en œuvre, respectent-elles réellement les droits de l’enfant ?".
Ce livret échoue précisément à cet endroit.
Ce qui se joue ici dépasse donc un support de communication raté. Ce qui se joue, c’est la manière dont l’Europe parle aux enfants lorsqu’elle organise leur éloignement. Et la manière dont une institution parle aux enfants dit beaucoup de ce qu’elle accepte de leur faire subir.
Le Délégué général aux droits de l’enfant dénonce fermement cette approche. Ce livret est une aberration. Nous demandons son retrait immédiat dans sa forme actuelle.