Elles ne sont pas si fréquentes les fictions (Spotlight, Les Hommes du président, Pentagon Papers…) qui font la part belle au journalisme – en France, n’en parlons pas. C’est une profession souvent ignorée et, quand ce n’est pas le cas, il n’est pas rare qu’elle soit montrée à l’écran comme étant sous influence, prisonnière de l’immédiateté, de sa médiocrité ou d’intérêts peu compatibles avec une information indépendante ; parfois les trois. Ce qui, pour dire vrai, n’est pas complètement faux.
Mais heureusement, il y a The Hack, une mini-série britannique diffusée depuis la mi-juin sur la plateforme d’Arte. Elle raconte l’enquête hors du commun d’un journaliste du quotidien The Guardian qui, en révélant le pire de l’industrie des médias en Angleterre, a montré par contraste le plus beau visage du journalisme : rigoureux dans la recherche des faits, acharné face aux puissants vents contraires et tout entier dédié au service du public. En un mot : utile.
Créée par Jack Thorne, à qui l’on doit déjà la bouleversante série Adolescence, The Hack tient pour personnage central le journaliste Nick Davies, qui va mettre au jour les pratiques de l’empire médiatique du milliardaire Rupert Murdoch et de l’un de ses principaux journaux en Angleterre, le tabloïd News of the World.
Interprété par l’acteur David Tennant, le journaliste du Guardian va révéler comment, grâce à des policiers corrompus, des détectives privés sans foi ni loi et des politiques prosternés, l’empire Murdoch a espionné pendant des années les téléphones de stars, de journalistes et d’anonymes. Et même la messagerie d’une adolescente de 13 ans, entre le moment de sa disparition et la découverte de son cadavre.
Rien ne manque dans la série de ce qui fait le journalisme : une enquête qui naît d’une précédente enquête ; des sources inquiètes qu’il faut protéger à tout prix ; la grande solitude après les premières révélations qui paraissent tomber dans un désert d’indifférence des autres médias ; le sentiment d’impunité intact des mis en cause…
Dans son autobiographie Breaking News (non traduite), l’ancien rédacteur en chef du Guardian, Alan Rusbriger, joué dans The Hack par le flegmatique et intrépide Toby Jones, raconte le vertige qui l’a saisi face à l’énormité du scandale dévoilé : « Vous supposez qu’il existe de nombreux mécanismes de contrôle et d’équilibre pour empêcher les personnes puissantes de commettre des actes malhonnêtes. Pour la première fois de ma vie d’adulte, j’ai douté que cela soit vrai en Grande-Bretagne. »
« C’est comme si tout le système médiatique de Murdoch semblait s’être mobilisé par appeler la vérité le mensonge, et pour promouvoir des fausses informations comme la vérité », ajoute-t-il.
The Hack est tirée du livre que Nick Davies, 73 ans aujourd’hui, a consacré en 2014 à cette affaire, probablement la plus intense de sa carrière. Alan Rusbriger, encore : « Si dans les années à venir les gens veulent savoir ce que c’était que d’être un brillant journaliste d’investigation – ingénieux, inflexible, infatigable, courageux, plein de ressources –, ils devraient lire le livre de Nick. »
L’ouvrage, baptisé Hack Attack, n’a malheureusement pas été traduit en français. À défaut, il y a donc cette indispensable série, qui montre que le journalisme peut parfois avoir cette prétention folle de réparer ce que les abus de pouvoir cassent sans vergogne.
Fabrice Arfi
https://www.arte.tv/fr/videos/RC-027900 ... ur-ecoute/
The Hack : la série qui célèbre l’utilité du journalisme
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